Le tabac

Le tabac est un produit manufacturé élaboré à partir de feuilles séchées de plantes de tabac commun (Nicotiana tabacum), une espèce originaire d’Amérique centrale appartenant au genre botanique Nicotiana (famille : Solanaceae).

L’usage du tabac s’est largement répandu dans le monde entier à la suite de la découverte de l’Amérique. Sa commercialisation est souvent un monopole d’État et sa vente généralement soumise à de lourdes taxes.

La chaîne de production

Culture


plante de tabac adulte

La graine est semée en pépinière ou sur semis flottants au début du mois de mars puis est transplantée en champ à la mi-mai. La plante atteint 1 m 80 au début de l’été lorsque commence la floraison. La fleur est coupée afin que les feuilles se développent (une vingtaine par pied). Les premières décolorations indiquent le moment de la récolte (juillet/août) qui nécessite une main-d’œuvre nombreuse et attentive. Les feuilles de tabac sont séchées sous air chaud, dans des séchoirs traditionnels ou sous serres. Les feuilles sont triées à l’automne et en été.

Le séchage à l’air chaud dure une semaine et nécessite environ 20 kg de bois pour sécher 1 kg de tabac. Le mode de séchage à l’air chaud se classe au premier rang par son taux d’utilisation avec environ 6 tonnes de tabac sur 10 traitées par ce processus. Ce séchage entraîne donc une déforestation importante.

Dans la partie septentrionale de l’Afrique, c’est plus de 140 000 hectares de terrains boisés indigènes qui disparaissent chaque année pour servir de combustible pour le séchage du tabac, ce qui correspond à 12% de la déforestation annuelle totale dans la région.

Production


Carte des pays producteurs de tabac (2005)

Les Nicotiana sont des plantes néotropicales nitrophiles, originaires des régions chaudes et nécessitant un sol riche en humus. La température et la nature des sols jouent un rôle prépondérant sur les propriétés du tabac : la culture ne peut s’effectuer qu’entre des températures allant de 15 °C à 35 °C, 27 °C constituant un idéal pour l’épanouissement des plants. On estime la surface cultivée mondiale à 5 millions d’hectares, essentiellement en Asie et en Amérique, bien que sa relative plasticité lui permette d’être cultivée entre le 60e degré de latitude nord et le 40e degré de latitude sud. Le degré de maturation et la méthode de récolte des feuilles constituent un élément essentiel et déterminant pour leur destination. Sous-maturées, les feuilles sont destinées aux capes pour cigares (l’enveloppe extérieure). La récolte en feuilles peut durer plus d’un mois, les feuilles étant récoltées une par une selon la maturation, tandis que la récolte par tige est beaucoup plus rapide car mécanisée, mais au détriment de la qualité.

La production de tabac, estimée à plus de 11 millions de tonnes, est dominée par la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Brésil, et certains pays de l’ex-URSS. La très grande majorité des pays achètent du tabac, même lorsqu’ils sont eux-mêmes producteurs : dans ce cas, les importations visent à suppléer les lacunes en termes de diversité.

La manufacture du tabac est dominée par la Chine, l’Amérique du Sud (Brésil), l’Inde, les pays de l’ex-URSS et le Japon. La cigarette représente l’essentiel de la production, estimée à plus de 5 000 milliards d’unités en 1993.

Maladies de la plante

Fonte des semis ;
Mildiou ;
Oïdium ;
Pourriture noire des racines ;
Sclérotiniose ;
Virus de la mosaïque du concombre ;
Virus de la gravure du tabac ;
Virus de la mosaïque du tabac ;
Virus de la nécrose du tabac.

Ravageurs

Taupes, courtillières, limaces, pucerons, hépiales, noctuelles (vers gris), thrips et araignée.

Autres ennemis

Orobanche (plante parasite) ;
Nématode des tiges (anguilules).

Traitement


Tabac en train de sécher au soleil. Nord-ouest de l’Iran.

Les feuilles de tabac récoltées, sont séchées pour éliminer plus de 90 % de leur eau. Les tabacs en feuilles sont classés selon leur variété ou leur mode de séchage :

sun-cured, tabacs orientaux séchés au soleil ;
flue-cured, tabacs type Virginie séchés à l’air chaud, très appréciés ;
fire-cured, tabacs noirs type Kentucky séchés au feu ;
dark air-cured, tabacs noirs séchés à l’air naturel, goût français ;
light air-cured, tabacs clairs type White Burley séchés à l’air, goût américain ;

S’ensuit soit un stockage pour les tabacs fire-cured ou certains light air-cured, soit une fermentation pour favoriser la volatilisation de la nicotine et de l’ammoniac.

Commercialisation


Tabac blond type Virginie

La consommation extensive du tabac dans le monde a engendré la constitution de majors d’industrie puissantes.

Le premier producteur mondial de tabac est le monopole chinois China National Tobacco Corporation.

Plus de 70 % du marché hors Chine est réalisé par quatre multinationales aux diverses marques. Ce sont, dans l’ordre décroissant de chiffre d’affaires :

l’américain Philip Morris ;
le britannique British American Tobacco ;
le japonais Japan Tobacco ;
le britannique Imperial Tobacco .

Le marché des pays occidentaux développés étant arrivé à un plateau, les efforts commerciaux des industries du tabac se focalisent sur les pays en voie de développement.

Histoire

Christophe Colomb, en découvrant l’Amérique en 1492, constate que les Indiens utilisent le tabac pour ses propriétés magiques et médicamenteuses. André Thevet en ramena des graines et c’est ainsi que le tabac commença sa culture en Europe.

Étymologie

Le mot tabac, désignant à l’origine, pour les européens, à la fois la plante et le cigare confectionné avec ses feuilles, vient de l’espagnol tabaco, lui-même emprunté à un mot arawak désignant une sorte de pipe, un instrument à deux tuyaux. Il est attesté sous sa forme espagnole depuis la première moitié du XVIe siècle. Les Arawaks, ensemble de peuplades amérindiennes des Antilles et d’Amazonie, possédaient donc probablement un autre mot pour désigner la plante que nous appelons tabac (digo selon l’archeologue Benoît Bérard) ; ce mot est apparu en espagnol par glissement sémantique, le contenant (pipe, instrument) finissant par désigner le contenu (feuilles séchées de la plante) puis la plante elle-même.


Fleurs et fruits du tabac

Origine en Amérique centrale

La culture du tabac trouve son origine en Amérique, il y a plus de 500 ans. Lorsque Christophe Colomb rencontre les Amérindiens, ceux-ci pour se soigner roulent des feuilles de tabac jusqu’à obtenir une sorte de grand cigare qu’ils appellent « tabaco ».

Dans leur calumet brûle également un mélange de plusieurs herbes dont le tabac.

À la même époque, comme le tabac n’existe pas en Europe, les Romains et les Grecs, qui fumaient la pipe, emploient des feuilles d’autres végétaux tels que le poirier. Divers travaux ont aussi postulé la consommation de nicotine dans l’Égypte antique, mais sans parvenir à une conclusion claire à propos de son origine.

Débuts en Europe

En 1492, lors de son expédition en Amérique, Christophe Colomb découvre le tabac et le rapporte en Europe, à la Cour espagnole et portugaise, où il est pendant longtemps utilisé comme simple plante d’ornement. Ce n’est qu’au milieu du XVIe siècle que le médecin personnel de Philippe II d’Espagne commence à le promouvoir comme « médicament universel ». La première description écrite serait le fait de l’historien espagnol d’Oviedo.

Il sera introduit en France en 1556 par un moine cordelier, André Thévet qui au retour de son séjour au Brésil, en fit la culture dans les environs de sa ville natale d’Angoulême. On l’appelle alors « herbe angoulmoisine » ou « herbe pétun ».

Dès 1775, les premiers soupçons de relation entre tabac et cancer sont exprimés.


Esclaves travaillant dans un atelier de production de tabac. 1670, Virginie.

Débuts en France

En 1560, l’ambassadeur de François II au Portugal, Jean Nicot, se basant sur l’effet curatif du tabac des rituels indiens, envoie de la poudre à la Reine Catherine de Médicis afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et le tabac devient ainsi « l’herbe à la Reine ». Sa vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. Pour honorer Jean Nicot, le duc de Guise proposa d’appeler cette herbe nicotiane. Cette proposition fut retenue par le botaniste Jacques Daléchamps qui dans son livre Histoire générale des plantes au chapitre « Du Petum ou Herbe à la Reine » l’illustre d’une gravure intitulée Nicotiane ou Tabacum, terminologie reprise ensuite par Linné pour créer son binôme. La plante reçut de très nombreux noms parmi lesquels on peut citer « nicotiane », « médicée », « catherinaire », « herbe de Monsieur Le Prieur », « herbe sainte », « herbe à tous les maux », « panacée antarctique » et finalement « herbe à ambassadeur ».

C’est à la fin du XVIe siècle qu’apparaît le mot « tabac » : la première illustration botanique en est donnée par Nicolas Monardes en 1571. En 1575, André Thevet donne un « pourtrait de l’herbe Petum ou Angoulmoisine » dans sa Cosmographie universelle (t II, livre XXI, chap VIII).

À la même époque, est publié un des premiers traités sur le tabac, vu alors comme une plante médicinale : L’instruction sur l’herbe petum (1572) par Jacques Gohory.

Le Cardinal de Richelieu instaure une taxe sur la vente de tabac en 1621. Colbert fit de sa production et de son commerce un monopole royal et à l’époque la production nationale est la plus développée d’Europe, avec des plantations dans l’Est, le Sud-Ouest, ainsi que dans les 4 îles des Antilles les plus peuplées : Saint-Christophe, Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue.

La Ferme du tabac créée sous Louis XIV en 1674

À la demande de Louis XIV, Colbert établit un « Privilège de fabrication et de vente » en 1674, l’année de la création de la Compagnie du Sénégal. Les premières Manufactures des tabacs sont fondées à Morlaix, Dieppe et Paris. Le privilège est d’abord concédé à des particuliers dont le premier est Madame de Maintenon qui le revend, puis à la seule Compagnie des Indes, au moment où celle-ci doit se retirer du commerce du sucre, relevant alors directement du roi et des ports qu’ils souhaitent favoriser.

La culture du tabac devient un monopole et rapidement les gouvernants voient les rentrées d’argent qu’ils peuvent espérer des taxes sur le tabac. Ces taxes augmentent le prix de vente, tandis que la recherche d’un bénéfice rapide dicte un faible prix d’achat aux planteurs, à une époque où les rois souhaitent remplacer la culture du tabac aux Antilles par celle du sucre, beaucoup plus rentable, à l’image de ce qui s’est passé sur l’île de la Barbade britannique.

Plus que le monopole, c’est la stratégie de prix de vente et d’achats qui modifie alors en profondeur la production mondiale de tabac.

La contrebande se développe sur les côtes, en particulier sur l’île de Noirmoutier, et le nouveau monopole doit installer des acheteurs dans les ports d’Amsterdam et Liverpool, pour acheter le tabac des Antilles françaises, puis le tabac de Virginie, beaucoup moins cher, auquel les consommateurs prennent goût, et qui prend son essor.


Jeune plante de tabac

La Virginie grande zone de production mondiale au XVIIIe siècle

Les planteurs de Virginie commencent à importer des esclaves grâce à la Compagnie royale d’Afrique, créée en 1672. En trente ans, les importations françaises font plus que tripler, passant de 20 % à 70 % de la consommation intérieure de tabac. La Virginie représente à elle seule 60 % des importations françaises. En échange, la monarchie anglaise tente d’empêcher les raids de flibustiers anglais sur les îles à sucre françaises.

Cette politique subit cependant un coup d’arrêt à la fin du siècle lorsque les taxes sur l’exportation du tabac anglais augmentent de 150 %. En 70 ans, elles quadruplent, mais sans gêner encore la position dominante déjà acquise sur le marché. Le port de Londres, qui a le monopole d’importation depuis 1624, a les moyens de rendre cette filière compétitive.

Dès le milieu du 18e siècle, la Virginie contrôle l’essentiel du marché mondial. L’autre grand producteur est la colonie voisine du Maryland, également soutenue par la dynastie Stuart.

Afin de maîtriser les flux, la culture du tabac est prohibée dès 1719 dans toute la France, avec des condamnations qui peuvent aller jusqu’à la peine de mort. Exceptions : la Franche-Comté, la Flandre et l’Alsace. Elle le restera jusqu’en 1791.

En 1809, Louis-Nicolas Vauquelin, professeur de chimie de l’École de Médecine de Paris, isole un principe actif azoté des feuilles de tabac. La nicotine, quant à elle, sera identifiée quelques années plus tard.

La cigarette est introduite en France vers 1825.

Consommation

Le tabac est consommé principalement fumé sous forme de cigares, de cigarettes, à l’aide d’une pipe ou d’un narguilé ; il peut aussi être mâché (chiqué) ou prisé.

La consommation de tabac peut générer rapidement une dépendance durable.

Composition

La composition du tabac est complexe (certains avancent un ordre de grandeur de 4000 constituants), à cause de la complexité de la plante et à cause des nombreux traitements réalisés sur le tabac récolté pour en assurer la conservation, la couleur, le parfum, le goût, la plasticité, etc. Dans la plante fraiche de Nicotiana tabacum, on trouve un mélange d’alcaloïdes composés de 93% de (S)-nicotine, 3,9% de (S)-anatabine, de 2,4% de (S)-nornicotine, et de 0,5% de (S)-anabasine.

L’American Journal of Public Health a montré, en septembre 2008, que les « majors » de l’industrie du tabac, Philip Morris (PM), RJ Reynolds, British American Tobacco, etc., ont volontairement caché au public, depuis les années 1960, la présence de polonium 210, une substance hautement cancérigène (et utilisée pour l’assassinat de l’espion Alexander Litvinenko) dans les cigarettes. Cette présence s’explique en raison de l’utilisation d’engrais à base d’apatites, utilisés pour donner une saveur spécifique au tabac.

Tabagies

Les tabagies (en allemand Tabakskollegium) étaient des réunions réservées aux hommes au XVIIIe et au XIXe siècle pour discuter d’affaires entre eux, en particulier après la chasse. Frédéric-Guillaume Ier de Prusse y était fort assidu dans son château de Wusterhausen, où il s’entourait de ses proches conseillers, en fumant de longues pipes.


Tabagie du roi Frédéric-Guillaume de Prusse

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