Le Dragon de Komodo

Le dragon de Komodo (Varanus komodoensis) est une espèce de varan qui se rencontre dans les îles de Komodo, Rinca, Florès, Gili Motang et Gili Dasami, en Indonésie centrale. Membre de la famille des varanidés, il représente la plus grande espèce vivante de lézard, avec une longueur moyenne de 2 à 3 mètres et un poids d’environ 70 kg. Sa taille inhabituelle est attribuée au gigantisme insulaire car il n’existe pas, dans son habitat naturel, d’autres animaux carnivores pouvant occuper ou partager sa niche, et aussi à ses faibles besoins en énergie[4],[5]. En raison de leur taille, ces varans, avec l’aide de bactéries symbiotiques, dominent les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Bien que les dragons de Komodo mangent surtout des charognes, ils se nourrissent aussi de proies qu’ils chassent, invertébrés, oiseaux ou mammifères.

L’accouplement des dragons a lieu entre mai et juin et les œufs sont pondus en septembre. La femelle pond une vingtaine d’œufs dans des nids abandonnés de mégapodes où ils incubent pendant sept à huit mois. L’éclosion a lieu en avril, quand les insectes sont les plus abondants. Les jeunes sont vulnérables et doivent se réfugier dans les arbres, à l’abri des adultes cannibales. Ils mettent environ trois à cinq ans pour atteindre l’âge adulte et peuvent vivre jusqu’à cinquante ans. Ils sont parmi les rares vertébrés capables de parthénogenèse, mode de reproduction dans lequel les femelles peuvent pondre des œufs viables en l’absence de mâles[7]. Toutefois, la parthénogenèse existe chez d’autres lézards.

Les dragons de Komodo ont été découverts par les scientifiques occidentaux en 1910. Leur grande taille et leur réputation d’animaux redoutables les a rendus populaires dans les zoos. Dans la nature, leur aire de distribution s’est vue réduite en raison des activités humaines et ils sont considérés comme menacés par l’UICN. Ils sont protégés par la loi indonésienne et un parc national, le parc national de Komodo, a été fondé pour favoriser leur protection.

évolution

L’évolution du dragon de Komodo remonte à l’apparition des premiers varans en Asie, il y a environ 40 millions d’années, varans qui ont émigré vers l’Australie. Il y a environ 15 millions d’années, une collision entre l’Australie et l’Asie du Sud-Est a permis aux varans de passer vers ce qui est aujourd’hui l’archipel indonésien. On pense que le dragon de Komodo est apparu il y a 4 millions d’années, se différenciant de ses ancêtres australiens et élargissant son territoire jusqu’à l’île de Timor, à l’est. Une baisse importante du niveau de la mer au cours de la dernière période glaciaire a découvert de vastes étendues du plateau continental que le dragon de Komodo a colonisé, puis il s’est retrouvé isolé sur ses îles lorsque le niveau de la mer est lentement remonté[8].

Description

Dans la nature, un dragon de Komodo adulte pèse environ 70 kg[9] mais les spécimens vivant en captivité atteignent souvent un poids plus élevé. Le plus grand spécimen sauvage contrôlé faisait 3,13 mètres de long et pesait 166 kg, y compris les aliments non digérés encore présents dans son estomac[8]. Il est de couleur vert foncé, gris ou noir, ce qui lui permet de se fondre dans son environnement et de s’approcher discrètement de ses proies pour les surprendre. Le dragon de Komodo possède une queue aussi longue que son corps, ainsi que près de 60 dents cannelées. Ses dents tombent pour être régulièrement remplacées et peuvent mesurer jusqu’à 2,5 cm de longueur. Sa salive est souvent teintée de son propre sang car les dents sont presque entièrement couvertes de tissu gingival qui se déchire naturellement lorsque l’animal s’alimente[10]. Cela crée un milieu idéal pour la croissance des souches de bactéries qui colonisent sa bouche[11]. Il possède une longue langue jaune profondément fourchue[8]. Ses pattes se terminent par de longues griffes courbes.

Le dragon de Komodo ne dispose pas d’une ouïe particulièrement développée, en dépit de ses conduits auditifs bien visibles, et n’est capable de percevoir que les sons dont la fréquence est située entre 400 et 2000 hertz[12],[8]. On pensait même qu’il était sourd après qu’une étude ait montré son absence de réaction à la voix murmurée, à la voix posée ou à la voix criée. Cette théorie fut mise à mal lorsqu’un employé du jardin zoologique de Londres, Joan Proctor, dressa un spécimen du parc à sortir pour se nourrir au son de sa voix, alors que lui-même restait caché[13].

Le varan de Komodo est capable de voir jusqu’à 300 mètres. Cependant, ses rétines ne contenant que de cônes, on pense que sa vision de nuit est faible. Il est en mesure de distinguer les couleurs mais il souffre d’une faible discrimination visuelle des objets immobiles[14].

Comme beaucoup d’autres reptiles, le dragon de Komodo utilise sa langue pour reconnaître les stimuli gustatifs et olfactifs, (organe voméro-nasal ou organe de Jacobson) ; c’est sa langue qui l’aiderait à se déplacer dans l’obscurité[11]. Si le vent est favorable, grâce aux rotations de la tête d’un côté à l’autre lorsqu’il marche, sa langue est en mesure de percevoir l’odeur de charognes situées jusqu’à 4, voire 9,5 kilomètres de distance[10],[14].

Ses narines ne lui sont pas d’une grande utilité pour analyser les odeurs car l’animal ne possède pas de diaphragme permettant de contrôler sa respiration et ainsi de pouvoir renifler avec précision les odeurs[10],[15].

Il ne dispose que de peu de papilles gustatives au fond de sa gorge[11].

Ses écailles, qui sont ossifiées, possèdent pour certaines des plaques sensorielles innervées qui accentuent son sens du toucher. Les écailles autour des oreilles, des lèvres, du menton, et de la plante des pattes peuvent présenter trois fois plus de plaques sensorielles que les autres[10].

écologie

Le dragon de Komodo apprécie les lieux chauds et secs et vit en général dans des zones de prairies, de savanes ou de forêts tropicales à basse altitude. En tant qu’animal poïkilotherme, il est plus actif dans la journée, même s’il présente une certaine activité nocturne. Il est très souvent solitaire, se rapprochant des autres seulement pour s’accoupler et manger. Il peut courir jusqu’à 20 km/h sur de courtes distances, plonger jusqu’à 4,5 mètres de profondeur, grimper dans les arbres lorsqu’il est jeune en utilisant ses griffes puissantes[9]. Pour attraper des proies hors de portée, il peut se dresser sur ses pattes arrière en utilisant sa queue comme point d’appui[13]. Lorsque le dragon de Komodo arrive à l’âge adulte, il utilise les griffes de ses pattes antérieures afin de creuser des galeries qui peuvent atteindre 1,3 mètre de large[16]. En raison de sa grande taille et de son habitude de dormir sous terre, il est capable de conserver la chaleur de son corps tout au long de la nuit et de minimiser sa période de réchauffement matinale[17]. Le dragon de Komodo chasse généralement l’après-midi, mais reste à l’ombre dans les racines traçantes d’un arbre pendant les heures les plus chaudes de la journée[18]. Ses lieux de repos sont généralement situés sur des corniches balayées par une brise de mer fraîche, marquées par ses déjections et débarrassées de toute végétation. Elles servent également d’emplacements stratégiques à partir desquels ils peuvent tendre une embuscade à un cerf[19].

régime alimentaire

Les dragons de Komodo sont carnivores. Les adultes, bien qu’ils se nourrissent essentiellement de charognes[4], peuvent également tuer des proies dont ils s’approchent furtivement. Arrivés à proximité d’elles, ils les attaquent soudainement et les mordent au ventre ou à la gorge[10] ou, si elle n’est pas de trop grande taille, leur brisent la colonne vertébrale d’un coup de gueule. On a vu des varans de Komodo assommer des cerfs ou des porcs d’un coup de queue[20].

Les dragons de Komodo mangent en déchirant de grands morceaux de chair qu’ils avalent tout en maintenant la carcasse avec leurs pattes avant. Pour des proies plus petites -jusqu’à la taille d’une chèvre-, leurs mâchoires élastiques, leur crâne souple et leur estomac extensible leur permettent d’avaler l’animal entier. Ils évitent de consommer les végétaux contenus dans l’estomac et les intestins de leurs proies[19]. Ils produisent une grande quantité de salive qui leur permet de lubrifier leur nourriture, mais la déglutition est toujours un processus long (il leur faut 15 à 20 minutes pour avaler une chèvre entière). Ils peuvent accélérer le processus en appuyant la carcasse contre un arbre pour la forcer à s’enfoncer dans leur gorge, poussant parfois avec une telle force que l’arbre tombe[19]. Pour ne pas s’étouffer en avalant leur proie, ils respirent à l’aide d’un conduit placé sous la langue et relié aux poumons[10]. Après avoir mangé jusqu’à 80 pour cent de leur propre poids en un repas[6], ils s’installent dans un endroit ensoleillé pour accélérer la digestion, afin d’éviter que la nourriture ne pourrisse et les empoisonne. En raison de leur métabolisme lent, les grands dragons peuvent survivre avec 12 repas par an[10]. À la fin de la digestion, les dragons de Komodo régurgitent les cornes, poils et dents de leurs proies (bézoard) entourés d’un mucus malodorant. Après s’être débarrassés de ces phanères indigestes, ils se frottent la gueule dans la terre ou sur les buissons environnants pour enlever le mucus restant, ce qui donne à penser qu’ils n’apprécient guère l’odeur de leurs propres déjections[10].

Lorsqu’ils mangent en groupe, les plus gros dragons mangent généralement en premier tandis que les plus petits suivent dans un ordre hiérarchique. Le plus grand des mâles affirme sa position dominante et les subalternes affichent leur soumission par des attitudes corporelles, des sifflements et des grondements. Les dragons de même taille peuvent avoir recours à la « lutte ». Généralement, les perdants battent en retraite mais ils peuvent aussi être tués et mangés par les vainqueurs[10].

Le dragon de Komodo a un régime alimentaire très varié, qui comprend des invertébrés, d’autres reptiles (y compris des petits dragons de Komodo), des oiseaux, des œufs d’oiseaux, de petits mammifères, des singes, des sangliers, des chèvres, des cerfs, des chevaux et des buffles[21]. Les jeunes dragons mangent des insectes, des œufs, des geckos et de petits mammifères[4]. Parfois, ils s’attaquent à l’homme (surtout aux enfants qui vivent à proximité et oublient le danger) et aux cadavres humains en creusant les tombes pour les déterrer[13]. Cette habitude de s’attaquer aux morts a obligé les villageois de Komodo à déplacer leurs tombes des sols sablonneux vers des sols argileux et à les recouvrir de tas de pierres pour dissuader les dragons de creuser[19]. Le dragon de Komodo pourrait avoir évolué vers le gigantisme pour se nourrir de l’éléphant nain local, le Stégodon aujourd’hui disparu qui vivait sur l’île de Flores il y a encore 12 000 ans, selon le biologiste évolutionniste Jared Diamond[22]. Le dragon de Komodo a également été observé surveillant les biches parturiantes dans l’espoir de récupérer les restes qu’ils pourront manger, une technique qui a également été observée chez les grands prédateurs d’Afrique[22].

Parce que le dragon de Komodo ne dispose pas de diaphragme, il ne peut pas aspirer l’eau pour la boire ni la lapper avec sa langue. Il recueille l’eau dans sa gueule puis relève la tête pour la faire couler dans sa gorge[10].

Venin et bactéries

Fin 2005, des chercheurs de l’université de Melbourne sont arrivés à la conclusion que le varan Perenti (Varanus giganteus), d’autres espèces de varans et certains Agamidae pouvaient être légèrement venimeux. L’équipe de chercheurs a démontré que les effets immédiats des morsures de ces reptiles étaient causés par une envenimation locale. En observant les effets des morsures de doigts chez l’être humain par un varan bigarré (V. varius), un dragon de Komodo et un Varanus scalariset, on a constaté pour les trois types de morsure la survenue de symptômes similaires : apparition rapide d’un œdème du bras, perturbation de la coagulation sanguine locale, douleurs s’étendant au coude, certains des symptômes persistant plusieurs heures[23]. On suppose que tous les reptiles, venimeux ou non, y compris les serpents, ont en commun un ancêtre venimeux [23].

La salive des dragons de Komodo est particulièrement riche en bactéries nocives ; plus de 28 souches gram-négatif et 29 souches Gram-positif ont été isolées[24]. Si les premières morsures ne la tuent pas et si la proie s’échappe, ces bactéries vont provoquer une septicémie qui aboutira au décès de l’animal en moins d’une semaine. Le ou les varans en groupe vont pister l’animal malade, l’achever s’il est petit ou attendre sa mort s’il est plus gros. La bactérie la plus nocive dans la salive du dragon de Komodo semble être, selon des études faites sur des souris de laboratoire, une souche très pathogène de Pasteurella multocida[25]. Il n’existe pas d’antidote spécifique à la morsure d’un dragon de Komodo (pas d’anti-venin), mais on peut généralement traiter la plaie par nettoyage de la zone blessée et par administration de fortes doses d’antibiotiques. Si la plaie n’est pas traitée au plus tôt, une nécrose locale peut rapidement se développer, pouvant nécessiter l’exérèse de la zone nécrosée, voire l’amputation du membre touché. Le dragon de Komodo semblant à l’abri de ses propres microbes, des recherches ont été faites pour découvrir la ou les molécules antibactériennes que possèderait l’animal, dans l’espoir d’une application médicale[26].

Reproduction

Les varans de Komodo s’accouplent entre mai et août et la ponte des œufs a lieu en septembre[8]. Durant la saison des amours, les mâles s’affrontent pour la conquête des femelles et d’un territoire en se dressant sur leurs pattes postérieure, puis en maintenant le plus faible au sol. Les mâles peuvent vomir ou déféquer lors de leur préparation au combat[13]. Le vainqueur de la lutte ira alors lécher la femelle de sa langue pour obtenir des informations sur sa réceptivité sexuelle[6]. Les femelles sont opposantes et résistent avec leurs griffes et leurs dents au cours des premières phases de la cour. Par conséquent, le mâle enserre la femelle pendant le coït pour éviter d’être blessé. Une autre méthode de cour consiste pour le mâle à frotter son menton sur la femelle, à lui gratter fort le dos et à la lécher[27]. La copulation se produit lorsque le mâle insère l’un de ses hémipénis dans le cloaque de la femelle[14]. Les dragons de Komodo sont monogames et forment des couples, un comportement rare chez les reptiles[13].

La femelle pond ses œufs dans des terriers à flanc de colline ou dans les nids abandonnés de mégapodes de Reinwardt avec une préférence pour la seconde méthode[28]. Les portées contiennent une moyenne de 20 œufs qui ont une période d’incubation de 7 à 8 mois[13]. La femelle se place sur les œufs pour les couver et les protéger jusqu’à ce qu’ils éclosent vers le mois d’avril, à la fin de la saison des pluies, lorsque les insectes sont nombreux. L’éclosion est un effort épuisant pour les jeunes varans, qui sortent de leur coquille en la perçant avec leur diamant (une petite excroissance pointue sur le museau qui disparaît peu après). Après avoir cassé leur coquille, les nouveau-nés doivent se reposer pendant des heures avant de sortir du nid. Ces petits sont sans défense, et nombreux sont ceux qui sont mangés par des prédateurs[10].

Les jeunes dragons de Komodo passent une grande partie de leurs premières années dans les arbres, où ils sont relativement à l’abri des prédateurs, y compris des adultes cannibales, pour qui les jeunes dragons représentent 10% de l’alimentation[13]. Selon David Attenborough, l’habitude de cannibalisme peut être avantageuse dans le maintien de la grande taille des adultes[20]. Quand les jeunes sont menacés par un adulte, ils s’enduisent de matières fécales ou se cachent dans des intestins d’animaux éviscérés afin de se protéger[13]. Il faut environ trois à cinq ans aux dragons de Komodo pour arriver à maturité, et ils peuvent vivre jusqu’à 50 ans[16].

Parthénogenèse

Un dragon de Komodo femelle du zoo de Londres, nommé Sungai, pondit des œufs à la fin de 2005 après avoir été prêté par le zoo de Thoiry et séparé de la compagnie de tout mâle depuis plus de deux ans. Les scientifiques avaient d’abord cru qu’elle avait été en mesure de stocker le sperme de sa première rencontre avec un mâle, un type particulier de superfécondation[29]. Le 20 décembre 2006, Flore, un autre dragon de Komodo vivant en captivité au zoo de Chester en Angleterre, fut le deuxième dragon de Komodo à pondre des œufs non fécondés : elle a pondu 11 œufs, 7 d’entre eux ont éclos, tous des mâles. Les scientifiques de l’Université de Liverpool en Angleterre effectuèrent des tests génétiques sur trois œufs avortés après les avoir placés dans un incubateur et vérifièrent que Flore n’avait eu aucun rapport sexuel avec un dragon mâle. Après cette découverte sur les œufs de Flore, les tests sur ceux de Sungai confirmèrent qu’ils n’avaient pas non plus été fécondés[30].

Les dragons de Komodo sont porteurs de chromosomes sexuels WZ contrairement aux mammifères porteurs du système XY. Dans ce système, les mâles possèdent deux chromosomes sexuels ou gonosomes ZZ identiques, alors que la femelle a deux gonosomes différents WZ. On suppose à l’heure actuelle qu’au moment de la deuxième division de la méiose, lors de l’anaphase, les chromosomes simples brins restent dans un des deux ovocytes, le second dégénérant de sorte que les individus seront porteurs des mêmes gonosomes WW ou ZZ. Or les individus WW ne sont pas viables, le chromosome W étant déficient en un certain nombre de gènes indispensables à la vie (un peu comme le YY) et donc seuls les individus ZZ (des mâles) seront viables[31],[32].

On suppose que ce mode de reproduction permet à une femelle vivant seule dans une niche écologique isolée d’assurer sa descendance dans un premier temps par parthénogénèse en lui permettant de donner la vie à de futurs mâles reproducteurs, dans un deuxième temps en s’accouplant avec les mâles procréés d’obtenir une nouvelle génération possédant mâles et femelles[31]. Malgré les avantages d’une telle adaptation, les zoos ont été avertis que la parthénogenèse pouvait être préjudiciable à la diversité génétique de l’espèce[33].

Le 31 janvier 2008, le zoo du comté de Sedgwick à Wichita, au Kansas, est devenu le premier zoo américain à observer une reproduction par parthénogenèse de dragons de Komodo. Le zoo a deux femelles adultes de dragons de Komodo, l’une d’elles a pondu 17 œufs les 19 et 20 mai 2007. Seuls deux œufs ont été incubés et ont éclos pour des questions de place, le premier est né le 31 janvier 2008, tandis que le second est né le 1er février. Les deux nouveau-nés étaient des mâles[34],[35].

Historique

Découverte par le monde occidental

Les dragons de Komodo sont connus depuis toujours par les habitants de l’île qui l’appellent buaja darat ou ora, le « crocodile terrestre ». L’existence du dragon de Komodo est rapportée pour la première fois au début du XXe siècle par deux pêcheurs de perles hollandais, messieurs Kock et Aldégon qui, lors d’un voyage en Indonésie, seraient tombés nez à nez avec ce « monstre ». Pour des Européens, la surprise était totale mais les indigènes apprirent aux pêcheurs que l’animal qu’ils avaient rencontré s’appelait « ora » dans la langue locale et qu’il était si féroce qu’il pouvait terrasser un bœuf et même s’attaquer à un homme.

En 1910, d’autres pêcheurs transmirent ces propos inquiétants au gouverneur de la région, le lieutenant Van Steyn Hensbroek de l’administration coloniale hollandaise, qui rapporta des rumeurs de l’existence d’un crocodile terrestre dans la région[36]. La connaissance s’est généralisée après 1912, lorsque Peter Ouwens, le directeur du musée zoologique à Bogor sur l’île de Java, publia un article sur le sujet après avoir reçu une photo et une peau du lieutenant, ainsi que deux autres spécimens provenant d’un collectionneur[1]. Par la suite, la découverte du dragon de Komodo fut le facteur déterminant pour l’organisation d’une expédition sur l’île de Komodo par W. Douglas Burden en 1926. Il revint avec 12 spécimens préservés et deux animaux vivants. Cette expédition fut à l’origine de l’inspiration du film King Kong en 1933[37]. Burden fut également à l’origine du nom commun « dragon de Komodo »[18]. Trois de ses spécimens furent empaillés et sont encore visibles au Musée américain d’histoire naturelle[38].

études

Les Hollandais, réalisant le nombre limité d’individus disponibles dans la nature, en ont interdit la chasse et ont fortement limité le nombre de prélèvements autorisé pour l’étude scientifique. Les expéditions de collecte ont été arrétées au début de la Seconde Guerre mondiale, pour ne reprendre que dans les années 1950 et 1960, lorsqu’on a lancé des études sur le dragon de Komodo pour connaître son comportement alimentaire, son mode de reproduction et la régulation de sa température corporelle. À cette époque, une expédition a été planifiée pour organiser une étude à long terme du dragon de Komodo. Cette tâche a été confiée à la famille Auffenberg, qui est restée sur l’île de Komodo pendant onze mois en 1969. Au cours de leur séjour, Walter Auffenberg et son assistant Putra Sastrawan ont capturé et marqué plus de 50 dragons de Komodo[26]. Les recherches de l’expédition se révéleront extrêmement importantes pour l’élevage de dragons de Komodo en captivité[3]. Les recherches qui ont suivi celles d’Auffenberg avec des biologistes, tels que Claudio Ciofi et qui continuent à étudier les dragons ont apporté plus de lumière sur la connaissance de l’animal[39].

Conservation

Le dragon de Komodo est une espèce vulnérable et figure sur la liste rouge de l’UICN[40]. Il y a entre 4000 et 5000 dragons de Komodo vivant à l’état sauvage. Ils ne vivent que dans les îles de Gili Motang (100), Gili Dasami (100), Rinca (1300), Komodo (1700) et Florès (peut-être 2000)[3]. Toutefois, il ne semble plus exister que 350 femelles reproductrices[41]. Pour répondre à une telle préoccupation, le Parc national de Komodo a été créé en 1980 pour protéger les populations de dragons de Komodo, y compris sur les îles de Komodo, Rinca et Padar[42]. Plus tard, le réserves de Wae Wuul et Wolo Tado ont été ouvertes sur l’île de Flores pour aider à la conservation du dragon de Komodo[39]. On a prouvé que les dragons de Komodo sont de plus habitués à la présence humaine, car ils sont souvent nourris des carcasses d’animaux sur plusieurs stations d’alimentation implantées pour les touristes[4].

L’activité volcanique, les tremblements de terre, la perte d’habitat, le feu (la population à Padar a été presque détruite par un feu de forêt et a mystérieusement disparu depuis[39],[10]), la diminution du nombre de proies, le tourisme et le braconnage ont tous contribué à la vulnérabilité du dragon de Komodo. En vertu de l’Annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction), le commerce de peaux ou de spécimens est illégale[15],[43]

Le biologiste australien Tim Flannery a suggéré que l’écosystème australien pourrait bénéficier de l’introduction de dragons de Komodo, qui pourrait occuper en partie le grand créneau carnivore laissé vacant par l’extinction du varanidé géant Megalania. Toutefois, Flannery plaide pour la plus grande prudence et une extension progressive de ces expériences, en particulier car « le problème de la prédation des grands varanidés sur l’homme ne doit pas être sous-estimé ». Il se sert de l’exemple de la réussite de la coexistence des hommes avec les crocodiles d’eau salée au nord de l’Australie comme preuve que les Australiens peuvent s’adapter avec succès à une telle expérience[44]

Bien que les attaques contre l’homme soient très rares, les dragons de Komodo peuvent en tuer. Le 4 juin 2007, un dragon de Komodo a attaqué un garçon de huit ans sur l’île de Komodo. Il est décédé d’une hémorragie massive. C’était la première attaque meurtrière en 33 ans[45]. Les autochtones ont reproché l’attaque aux environnementalistes qui ne vivent pas sur l’île car ils interdisent les sacrifices de chèvres, ce qui provoque un manque de sources de nourriture pour les dragons et les oblige à errer dans les territoires habités à la recherche de nourriture. Pour les indigènes de l’île de Komodo, les dragons de Komodo sont en fait la réincarnation de concitoyens décédés et sont donc traités avec respect[46].

En captivité

Les dragons de Komodo ont longtemps été des attractions importantes pour les zoos, où leur taille et leur réputation les rendaient populaires. Ils y sont cependant rares car ils sont souvent porteurs d’infections et de maladies parasitaires lorqu’ils sont capturés dans la nature et ne sont pas faciles à reproduire en captivité[41].

Le premier dragon de Komodo a été exposé en 1934 au parc zoologique national de Washington, aux États-Unis, mais il a vécu pendant deux ans seulement. Plusieurs autres tentatives d’exposition de dragons de Komodo ont été faites par la suite, mais la durée de vie de ces créatures a été très courte, avec une moyenne de cinq ans pour le zoo de Washington. Les études réalisées par Walter Auffenberg, qui ont été rapportées dans son livre The Behavioral Ecology of the Komodo Monitor, ont ensuite permis d’élever avec plus de succès et de faire reproduire des dragons en captivité[3].

On a observé que de nombreux dragons s’apprivoisent rapidement en captivité. On a signalé de nombreuses fois que des gardiens avaient fait sortir des animaux captifs de leur enclos pour venir parmi les visiteurs, y compris de jeunes enfants, sans aucun incident[47],[48]. Les dragons sont également capables de reconnaître les individus. Ruston Hartdegen du zoo de Dallas (en) rapporte que leurs dragons de Komodo réagissaient différemment lorsqu’ils étaient en présence de leur gardien, d’un gardien moins familier ou d’un gardien totalement inconnu[49].

Les recherches sur les dragons de Komodo en captivité ont également fourni la preuve qu’ils se livrent au jeu. Une étude a porté sur un dragon qui poussait une pelle abandonnée par son propriétaire, apparemment pour écouter le bruit de la pelle sur les cailloux. Une jeune femelle dragon du zoo de Washington récupérait différents objets comme des statues, des canettes, des anneaux en plastique et des couvertures pour les secouer. Elle insérait également sa tête dans des boîtes, des chaussures et d’autres objets. Elle ne confondait pas ces objets avec de la nourriture, comme elle se contentait de les avaler s’ils étaient couverts de sang de rat. Ce jeu social est fortement comparable au jeu chez les mammifères[6].

Une autre façon de jouer a été étudiée par l’université du Tennessee, où un jeune dragon de Komodo nommé Kraken s’amusait avec différents objets qu’il poussait, attrapait puis prenait dans sa gueule. Elle les traitait différemment de son alimentation. Le chercheur Gordon Burghardt a donc réfuté le point de vue décrivant ce mode de jeu comme étant « motivé par le comportement prédateur du dragon ». Kraken a été le premier dragon de Komodo né en captivité en dehors de l’Indonésie. Il est né au zoo de Washington le 13 septembre 1992[50],[8].

Même dociles en apparence, les dragons sont imprévisibles et peuvent devenir agressifs, surtout lorsque l’animal voit son territoire envahi par un inconnu. En juin 2001, un dragon de Komodo a gravement blessé Phil Bronstein, rédacteur en chef du San Francisco Chronicle, quand il est entré dans le parc de l’animal au zoo de Los Angeles après y avoir été invité par son gardien. Bronstein a été mordu au pied, car le gardien lui avait demandé de retirer ses chaussures blanches, ce qui aurait pu exciter le dragon de Komodo[51],[52]. Bien qu’il en ait réchappé, il eut besoin d’avoir plusieurs tendons réparés chirurgicalement au niveau du pied[53].

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