Stelarc, le premier cyborg ?

Stelarc, de son vrai nom Stelios Arcadiou, né le 19 juin 1946 à Limassol (Chypre) est un artiste australien.

Il est connu pour ses performances d’Art corporel dans lesquelles il mêle le corps biologique à des composants électroniques ou robotiques suivant le principe que le corps humain est obsolète.

« Tous mes projets et performances se penchent sur l’augmentation prothésique du corps, que ce soit une augmentation par la machine, une augmentation virtuelle ou par des processus biologiques, comme l’oreille supplémentaire, ce sont des manifestations du même concept : l’idée du corps comme architecture évolutive et l’exploration d’une structure anatomique alternative, explique l’artiste. Dans le cas de l’oreille, on a répliqué une partie du corps, on l’a relocalisée, on l’a reconnectée. »

Il se fit d’abord remarquer grâce à ses travaux sur la suspension, il en réalisa 25 en tout. Mais il bifurque rapidement vers la robotique : le désir d’amplifier son corps grâce à l’introduction de machines sur/en lui vient révolutionner son œuvre dans les années 80/90. Très vite il invente un troisième bras technologique qu’il relie à son bras de chair. Il réalise des performances multimédias.

Ping Body est une performance présentée pour la première fois le 10 avril 1996 au Artspace de Sydney, lors d’une conférence intitulée Digital Aesthetics Conference. Il exhibe un corps connecté à Internet dans le schéma inverse du flux interactif habituel où l’homme est aux commandes des ordinateurs. Dans cette installation performative c’est l’homme qui est manipulé par les machines, sa structure musculaire est stimulée par l’activité Internet (le pingging) qui envoie des petites décharges électriques, cela grâce à une interface qui relie le corps de l’artiste aux différents appareils électriques. Stelarc compose, avec ce dispositif, une chorégraphie aléatoire, non plus guidée par sa volonté psychique et corporelle mais bien par le commandement arbitraire de l’ordinateur et du Web. Il perd donc partiellement la maîtrise du corps, qui est soumis à la dictature d’un flux d’informations généré par le Net et les internautes.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’artiste « ne se jette pas dans la gueule de la machine », son œuvre ne présente aucun cyber-masochisme, il pense et prouve simplement que « la technologie accélère le corps humain », qu’elle peut étendre ses capacités et ainsi permettre une performance impossible avec un corps non amplifié.

On peut donc penser que Ping Body est une des premières étapes vers la fusion utopique de l’homme et de la machine. Néanmoins, doit-on encore parler d’utopie dans la mesure où les artistes et les scientifiques s’intéressent à de telles fictions qu’ils semblent réussir à concrétiser ? Les uns d’une manière esthétique et expressive, les autres dans un souhait de faire progresser l’humanité. Alors que les « comité d’éthiques » demeurent sceptiques devant les promesses d’une telle évolution de l’humanité, exprimant un certain nombre de craintes face aux réussites des recherches artistiques et scientifiques sur les biotechnologies. Stelarc semble, quant à lui, assez optimiste, il tient compte du progrès humain évolutif et l’ajoute aux nombreuses problématiques artistiques. Pour la société actuelle, l’avenir c’est le cyborg, voilà pourquoi il importe aux artistes contemporains d’anticiper l’univers biotechnologique qui semble doucement se réaliser…

Stelarc était de la partie au festival Monstre de Maxéville, où il présenta l’Exoskeleton

Il s’est fait greffer une oreille sur le bras gauche. « Je voulais d’abord me la greffer sur la joue mais l’endroit n’était pas très propice d’après les médecins », dit-il avec son rire chevrotant.Il compte aussi s’y faire greffer un micro pour retransmettre sur internet ce que l’oreille « entend ». Il a déja effectué un premier essai, mais il s’était infecté.

D’après lui, nous sommes de tout temps des zombies et des cyborgs. « Ces mots sont chargés d’émotion. Un zombie n’a pas de conscience, il agit de manière involontaire. Et l’image du cyborg nous rend anxieux, nous renvoie cette image d’homme machine et la crainte d’être automatisé. Mais l’involontaire et l’automatique, c’est quelque chose qu’on a toujours été. »

Vidéo où l’on peut voir Stelarc

Interview de Stelarc sur le site de Libération

Quand vous dites que le corps est obsolète, entendez-vous par là que le corps est voué à disparaître ?

Sterlarc. Ce corps biologique avec cette forme particulière et ces fonctions particulières devient inadéquat dans le contexte technologique des machines de haute précision Ce qui ne signifie pas qu’on peut s’en passer. Mais le corps pourrait par exemple être technologiquement augmenté ou génétiquement amélioré, il pourrait être reprogrammé ou redesigné. En d’autres termes, acceptons-nous le statu quo biologique, considérons-nous le corps comme une entité biologique certes très complexe mais dont la longévité est limitée, très vulnérable aux micro-organismes, aux paramètres de survie très minces. Le corps ne peut par exemple se passer d’air pendant plusieurs minutes, il ne peut se passer d’eau. Acceptons-nous le corps humain tel qu’il est et devenons nous poétique ou philosophique vis-à-vis de la condition humaine ou questionnons-nous ce que ça signifie d’être humain, ce que signifie avoir un corps et comment ce corps interagit dans le monde.

Partagez-vous la vision technophile des transhumanistes qui prédisent que le corps humain disparaîtra au profit d’un vaste réseau de neurones interconnectées ?

Toutes les spéculations sont possibles, mais ça ne m’intéresse pas. Si nous considérons que c’est ce corps biologique qui perçoit, qui agit dans le monde, que se passe-t-il quand nous augmentons le corps avec des technologies, quand nous construisons un corps qui peut agir au-delà des frontières de sa peau et de l’espace local qu’il habite ? Cette idée d’un système nerveux prolongé est déjà réalisée : des corps séparés spatialement mais connectés électroniquement, c’est la définition de l’Internet, un système nerveux externe pour une multiplicité de corps. Ce qui est important pour un artiste, c’est de construire une interface et de l’expérimenter directement, puis d’être capable d’articuler cette nouvelle relation du corps avec la technologie. Tous mes projets ne sont jamais vraiment aboutis ou réalisables, ce sont des gestes envers des possibles.

Vous avez commencé par vous suspendre à des crochets, puis à performer avec un troisième bras robotisé, des exosquelettes, des interfaces virtuelles, des hybrides homme-machine. Aujourd’hui, vous semblez vous diriger davantage vers les modifications biologiques ?

Tous mes projets et performances se penchent sur l’augmentation prothèsique du corps, que ce soit une augmentation par la machine, une augmentation virtuelle ou des processus biologiques, comme l’oreille supplémentaire, ce sont des manifestations du même concept. Mes projets ne sont pas motivés par un média particulier, mais l’idée du corps comme une architecture évolutive, une structure anotomique alternative. Dans le cas de l’oreille, on a répliqué une partie du corps, on l’a relocalisée, on l’a reconnectée.

Votre troisième oreille, l’avez-vous fait pousser à partir de cellules souches ?

A partir les cellules souche, totipotentes, on peut faire en principe pousser n’importe quel organe, mais pour l’instant on n’a pas encore été capables d’identifier les marqueurs qui correspondent au foi, au poumon. Nous avons essayé d’en constuire une à partir de cellules vivantes de donneurs humaines, de cellules provenant d’une tumeur cancereuse et de cellules de souris. On avait façonné une oreille en polymère d’après mon oreille. Les cellules, alimentées par des nutriments, poussaient sur le modèle qui se biodégradait au fur et à mesure, ce qui reste, c’est un bout de tissu vivant qui a la forme d’une oreille. Le problème, c’est qu’on n’arrive à obtenir qu’une petite oreille, qui fait le quart de la taille d’une oreille normale et sa durée de vie est très courte, une semaine maximum, ensuite elle s’infecte. Ca ne correspondait pas à que je voulais, c’est-à-dire une oreille plus grande, stable qui peut être construite sur mon corps. L’oreille que les chirurgiens ont implanté dans mon bras est une sorte de structure poreuse qui permet aux cellules de la peau de pousser à l’intérieur, l’oreille finissant ainsi par faire biologiquement partie de mon bras.

L’idée d’avoir des organes de rechange à disposition pourrait sembler choquante ?

Ca se passe déjà maintenant, les transplantations, les greffes de rein, du coeur sont courantes… Il y a quelques années, à une conférence médicale à Paris, j’ai rencontré la première personne à avoir eu une double greffe des mains et récemment une femme française a eu une greffe du visage. Il ne s’agit pas d’organes internes qu’on ne voit pas. Quand nous interagissons avec une personne dont les mains sont celles d’un cadavre, quand nous parlons à une personne dont le visage est celui d’un corps donneur, nous sommes confrontés de manière très directe à ce problème de la greffe , ce n’est pas un foie, un cœur, mais un visage que nous devons confronter. Pour l’instant, le problème avec les cellules souches, c’est qu’on doit les prélever sur des fœtus, c’est ça le problème éthique, mais on pourra peut-être bientôt imprimer nos organes, ce qui rend caduque ce problème éthique. J’ai recontré quelques chercheurs leaders dans le secteur de l’impression d’organes, à un conférence sur le prototypage rapide il y a quelques années. Bien sûr, pour imprimer un organe complexe et pour l’animer, cela reste très problématique et il va sans doute falloir beaucoup de temps pour y arriver. Mais l’idée qu’on puisse imprimer des organes grâce à des données entrées dans un ordinateur, et qu’au lieu d’imprimer avec de l’encre, on imprime avec des cellules vivantes, est une possibilité intéressante.

Vous dites que nous sommes déjà – et avons toujours été – des zombies et des cyborgs ? Qu’entendez-vous par là ?

Les mots zombies et cyborgs sont chargés d’émotion. Un zombie n’a pas d’esprit propre, il agit de manière involontaire. Je ne vois pas le corps comme le site de la psyché ou de l’inscription sociale mais comme un appareil biologique. Je ne crois pas à la prééminence du moi, de l’ego, à l’humain comme une entiré singulière et autonome, nous sommes conditionnés par le milieu dans lequel nous vivons. Ce qui est important ce n’est pas ce qui se passe en nous, mais ce qui se passe entre nous. Et quand on pense au cyborg, ça nous rend anxieux parce qu’un cyborg est en partie un homme, en partie une machine, il y a cette crainte d’être automatisé. Mais nous avons toujours constuits des artefacts, des instruments et des machines. Nous craignons ce que nous avons toujours été et sommes déjà devenus, des zombies et des cyborgs.

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