Les momies du Tarim/Taklamakan

Le Taklamakan est un désert inhospitalier d’Asie Centrale, dont la grande majorité de la surface se trouve dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang en Chine. Il est surnommé la « Mer de la mort ».
De forme ovoïde, ce désert occupe une vaste cuvette géologique bordée par le Pamir et les Tian Shan au Nord et à l’Ouest – par la Cordillère du Kunlun puis le plateau du Tibet au Sud. Avec 1 000 km d’Ouest en Est et 500 km du Nord au Sud et une surface de 270 000 km² il s’agirait du 18 ème désert le plus vaste. Ses dunes peuvent atteindre 40 m de hauteur. Elles auraient achevé leur formation il y a 70 000 ans. Bien que principalement sabloneux et constitués d’ergs, on y trouve également des plaines argileuses et des regs.

De l’hiver à l’été, les températures varient entre -40 °C et +50 °C. Un tel climat prive les dunes de toute vie : il n’y a ni lézards ni scorpions. C’est un désert mouvant, les vents dominants soufflent depuis le nord-est et les sédiments viennent s’accumuler sur la marge sud-est.
L’étude géologique des sédiments d’une épaisseur à certains endroits de 1 626 mètres, faite par une équipe de l’Académie chinoise des sciences de Pékin, a permis de déterminer que ce désert existait déjà voici 5,3 millions d’années au début du pliocène.

Ce désert aurait été en fait créé dès le Miocène tardif au moment du retrait des mers et de l’isolement de la Méditerranée, puis l’élévation du plateau tibétain aurait entraîné des modifications majeures de la circulation atmosphérique apportant du nord l’aridité.
Ce désert est en pente descendante d’ouest en est, si bien qu’il est parcouru par un fleuve long de 2 000 km, le Tarim, qui coule dans cette même direction. Ce cours d’eau se perd dans le Lop Nor (Lac Lop en mongol), immense marécage salé situé au sud de Tourfan, dont la superficie diminue au fil des siècles. C’est là que la Chine a effectué la plupart de ses essais nucléaires. Alors que la cité de Kachgar, à l’ouest du Taklamakan, est à une altitude de 1 300 m, le Lop Nor se trouve à 780 m. Un lent soulèvement tectonique de la région des Pamirs, à l’ouest, a accru cette différence d’altitude entre l’ouest et l’est durant les derniers millénaires.
D’autres cours d’eau, comme la Keriya, descendent de la chaîne des Pamirs, à l’ouest, ou des Kunlun, au sud-ouest. Il y a 15 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, la Keriya traversait le désert jusqu’au nord. Cette phase d’écoulement s’est produite jusque vers 4000 av. J.-C., puis le débit a diminué et les eaux se sont perdues dans les sables. Les anciens cours sont signalés par les troncs d’arbres morts grossièrement alignés entre les dunes. Les explorateurs y ont trouvé d’anciennes cités, comme celle qui a été appelée Jumbulak Kum (Les Sables ronds), sur un ancien cours de la Keriya. Datée de l’an 500 avant J.-C., elle était située très en profondeur dans le désert. Aujourd’hui, seule la rivière de Khotan, située plus à l’ouest, parvient à traverser le désert.

Les momies du Tarim sont une série de momies de type « européen » ou « caucasien » datant des IIe et Ier millénaires av. J.-C., découvertes en Chine dans le Sud et l’Est du bassin du Tarim (Sud :Khotan, Niya, Cherchen ; Est : environs de Lopnur, Subeshi près de Turfan, Kroran, Qumul).
Ces momies sont vraisemblablement les ancêtres de la civilisation tokharienne, laquelle qui a perduré dans le bassin du Tarim jusqu’au VIIIe siècle.
Les premières furent découvertes dans ce qui est aujourd’hui la région autonome ouighour du Xinjiang, en Chine au début du XXe siècle, en particulier par l’explorateur Sir Aurel Stein. Depuis, beaucoup d’autres ont été trouvées et examinées ; la majorité d’entre elles sont exposées au musée du Xinjiang. Beaucoup d’entre elles étaient étonnamment bien préservées par le climat aride de la région. Elles portaient des tuniques, des pantalons, des bottes, des bas et des chapeaux. Le type de textile utilisé est proche du tissage européen.

Dans une grande tombe, les corps de trois femmes et d’un homme furent découverts. L’homme, âgé d’environ 55 ans à sa mort, mesurait au moins 1m80 et avait des cheveux châtain clair en train de blanchir. L’une des femmes les mieux préservées faisait également 1m80 et avait des cheveux châtain clair tressés en nattes.

Les traces archéologiques et génétique suggèrent un apparentement avec les groupes indo-européens vivant à l’époque (au moins début du second millénaire avant l’ère chrétienne) dans les zones occidentales de l’Asie centrale, comme les proto-indiens, les proto-iraniens (ces deux groupes étant à l’origine étroitement apparentés), mais probablement aussi d’autres populations, ancêtres des tokhariens. Ces derniers habitent au premier millénaires de l’ère chrétienne le bassin du Tarim, et leurs langues (indo-européenne) sont bien connues par les textes qu’ils ont laissé.

Les momies du Tarim remontent entre -1 800 et -200 ans avant notre ère, soit avant les Tokhariens. L’apparentement, malgré le lieu de résidence commun (le bassin du Tarim) n’est donc pas certain. Mais la culture matérielle du peuple des momies, pointant nettement vers l’ouest de l’Eurasie (utilisation du Cheval, de la roue, du bronze, de techniques de tissage européennes), leurs apparentement génétiques (pointant en partie vers l’Europe), la présence de peuples indo-européens vivant vers -2000 un peu à l’ouest, et enfin la langue de leur successeurs Tokhariens sont autant d’indices qui ont très fortement privilégiés l’idée que les momies du Tarim représentaient le groupe connu le plus occidental et le plus ancien de migrants indo-européens venus de l’ouest.

On a retrouvé dans les tombes les plus anciennes des traces de bronze, à une époque (début du second millénaire avant l’ère chrétienne) ou cette métallurgie n’est pas connue en Chine. Il est donc possible que cette Âge du bronze soit arrivée en Chine grâce à des groupes de migrants indo-européens originaires d’Asie centrale, et plus lointainement de zone plus occidentales de l’Eurasie.
Les populations indo-européennes d’Asie centrale sont assez bien connues par divers traces archéologiques ou textuelles, les Tokhariens du Tarim, successeurs ou descendants du peuple des momies, en particulier, ont laissé des textes écrits relativement nombreux.

Les textes chinois anciens décrivent pour la région des populations de « grande taille, avec […] des yeux bleus ou verts, des nez long, des barbes, et des cheveux roux ou blonds ». Il n’est cependant pas simple de définir si ces textes perlent des Tokhariens, ou des dernières représentants du peuple des momies, si tant est que cette distinction ait un sens.

Les séquence d’ADN prélevées sur les corps montre que les momies avaient un haplogroupe R1a (Y-ADN) caractéristiques de l’Eurasie occidentale, plus spécifiquement de l’Europe centrale et orientale, de l’Asie centrale et de la vallée de l’Indus. Une équipe de chercheurs chinois et américains travaillant en Suède ont testé l’ADN de 52 momies distinctes, dont la momie nommé « Beauté de Loulan ». Les chercheurs ont confirmé la théorie selon laquelle ces momies étaient originaires d’Eurasie occidentale. Victor Mair, un professeur de l’Université de Pennsylvanie et chef de projet pour l’équipe ayant fait la cartographie génétique, a fait remarquer que ces études étaient « extrêmement importantes parce qu’elles relient l’Eurasie orientale et l’Eurasie occidentale à un stade de formation de la civilisation (de l’âge du bronze et du début de l’âge du Fer) d’une manière beaucoup plus proche qu’on ne l’avait jamais fait auparavant ».

La Beauté de Loulan

Une étude antérieure de l’Université de Jilin a également trouvé un de l’ADN mitochondrial (transmis par les femmes) caractéristique des populations de l’ouest eurasien.

En 2007, le gouvernement chinois a autorisé une équipe du National Geographic dirigé par Spencer Wells à examiner l’ADN des momies. Wells a été en mesure d’extraire de l’ADN non dégradé à partir des tissus internes. Les scientifiques ont extrait suffisamment de matériel génétique pour suggérer que le bassin du Tarim a été continuellement habitée de -2 000 à -300 avant l’ère chrétienne, et les résultats préliminaires indiquent que ses habitants, plutôt que d’avoir une origine unique, ont des origines qui pointent vers l’Europe, la Mésopotamie, l’Indus et d’autres régions encore à déterminer. Cependant, en 2009, les restes d’individus se trouvant dans un site de Xiaohe ont été analysés pour leur chromosome Y (transmis par les hommes) et leur ADN mitochondrial. Les analyses suggèrent qu’une population aux origines diverses (est et ouest de l’Eurasie) a vécu dans le bassin du Tarim depuis le début de l’âge du bronze. Les lignées maternelles étaient principalement est-asiatiques, tandis que les lignées paternelles étaient tous d’Eurasie occidentale (haplotype R1a1a). La zone géographique où ce mélange de populations a eu lieu est inconnu, bien que la Sibérie méridionale (la zone au nord de l’Asie centrale) soit probable.

Il a été affirmé que les textiles trouvés avec les momies sont de type européen ancien, et ce en se basant sur des similitudes avec des fragments de textiles trouvés dans les mines de sel en Autriche, et datant du deuxième millénaire avant notre ère. L’anthropologue Irene Good, spécialiste des textiles anciens de l’Eurasie, a noté que le modèle de tissage en sergé diagonale indiquait l’utilisation d’un métier à tisser, et était assez sophistiqué. Le textile du Tarim retrouvé est « l’exemple connu le plus oriental de ce type de technique de tissage ». Victor Mair affirme que « les premières des momies du bassin du Tarim sont exclusivement caucasoïdes ou europoïdes » avec des migrants Asiatiques arrivant dans la partie orientale du bassin du Tarim il y environ 3 000 ans (-1 000 avant notre ère) . En essayant de retracer les origines des populations d’apparence européennes, l’équipe de Victor Mair a suggéré qu’ils seraient arrivés dans la région par le biais de la chaîne du Pamir, il y a environ 5000 ans.

En comparant l’ADN des momies à celle des modernes ouïghours (des turcophones) qui peuplent aujourd’hui la région, ou ils se sont installés au IXe siècle en y remplaçant les Tokhariens, l’équipe de Mair a trouvé quelques similitudes génétiques avec les momies, mais « pas de liens directs ».

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