Cloaca, le tube digestif artificiel

Wim Delvoye nait à Wervik (Flandre-Occidentale) en 1965. Après plusieurs œuvres, comme Shovels en 1989 (une pelle de maçon peinte aux armes de quelque prince, télescopant deux univers sans grand liens tels que la maçonnerie et l’ancien régime), Mosaïques en 1990 (des carreaux de céramique, représentant la propreté, sont décorés avec des motifs à base d’étrons ) ou encore la série des bétonneuses en 1990 (des engins de chantier reproduits à l’échelle 1/1 en bois orné, à la manière du mobilier ecclésiastique), c’est avec Cloaca, la « machine à caca » qu’il se fait connaître.
Il commence à dessiner les plans de sa machine en 1992, mais ce n’est qu’en 2000 qu’elle est présentée au Museum van Hedendaagse Kunst Antwerpen à Anvers. Depuis, Cloaca est exposée dans toutes les grandes villes : Zurich (2001), Vienne (2001), New York (2002), Toronto (2004) et beaucoup d’autres.
Il existe huit versions de Cloaca, mais le principe reste toujours le même : la machine reproduit artificiellement le fonctionnement d’un tube digestif humain. On insère donc à une extrémité des aliments comestibles, et, après digestion dans différents tubes, tuyaux et pompes, il en ressort des excréments identiques à ceux que produirait n’importe quel être humain en bonne santé.
Cette œuvre est présentée au public non scientifique dans des musées, elle est alors vue en tant qu’œuvre d’art du fait de son lieu d’exposition, mais qu’est ce qu’une œuvre d’art ?
Chacun des camps croyant pouvoir répondre a cette question, ou considérant l’art sous cet angle, s’oppose, y allant de ses arguments. Certains considèrent Cloaca comme un chef d’œuvre de l’art contemporain, d’autres comme un objet dégoutant n’ayant pas sa place dans un musée. Certains en parlent comme d’un symptôme de l’époque, et des théories plus ou moins élaborées voient le jour.
Beaucoup font de la machine de Delvoye une métaphore de la production de l’art contemporain : du caca. Certains, incluent l’œuvre de Delvoye dans cette production scatophile, alors que d’autres ne la considèrent que comme mettant le doigt sur l’état actuel de l’art.

Wim Delvoye déclare dans une entrevuedans Le Monde en 2005, que c’est la machine à manger dans les Temps modernes de Charlie Chaplin qui lui a donné l’idée de concevoir Cloaca, mais il existait déja un précédent : le canard digérateur automate de Jacques de Vaucanson. Celui-ci digérait la nourriture et la transformait en fiente. Mais, contrairement a Cloaca, comme l’avait découvert le prestidigitateur Robert Houdin en restaurant l’automate, il y avait « un truc » : la transformation chimique opérée dans l’estomac du canard ne fonctionnait pas réellement.

Une œuvre (d’art ou non) fini toujours un jour ou l’autre à échapper a son créateur, l’intention qui y est mise est toujours bien différente de ce qu’elle advient. Cloaca, selon son créateur , a été conçue pour être inutile, nuisible au besoin, coûter très cher et rapporter beaucoup : « J’ai d’abord eu l’idée de faire une machine nulle, seule, avant de concevoir une machine à faire du caca » et « j’ai cherché un truc compliqué, difficile à faire, et cher, et qui ne mène à rien » avant de conclure « En revanche, la cocaïne, ça vaut beaucoup. Et moi, je veux que l’art soit comme la cocaïne. S’il vaut beaucoup dans les musées, il doit aussi valoir beaucoup dans la rue ».

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :