Blessures de guerre : les « gueules cassées »

Quelles sont ces créatures aux grands yeux noirs qui se dressent, menaçants, auréolés de barbelés et d’arbres décharnés, au museau proéminent, dans les vapeurs de gaz moutarde, le crâne recouvert de casques arrondis, brandissant leur presse-purée, la Stielhandgranate ?

Ce sont les soldats allemands, et ils sont là pour tuer. Pas de pitié, pas de prisonniers, tout ce qu’ils promettent, c’est une longue agonie ou une mort brutale. Si vous vous en sortez vivant, alors vous ne serez plus le même. On ne vous reconnaitra plus, et vous ne vous reconnaitrez plus vous même.

On appelait les gueules cassées ces soldats qu’on voyait revenir des tranchées de la première guerre mondiale, le visage ravagé par des éclats d’obus, ou autres munitions. Ces hommes, marqués psychologiquement par le conflit, ne purent regagner complètement une vie civile et certains furent, pour les cas les plus graves, internés à vie.

À la fin de la guerre, le nombre total de morts s’élevait à 9 millions dont plus de 2 millions d’Allemands, presque 1,5 million de Français, 1,8 million de Russes, 750 000 Britanniques, et 650 000 Italiens. Proportionnellement à sa population, la France est le pays où les pertes ont été les plus importantes.

Ce bilan ne correspond pas seulement aux tués sur les champs de bataille ; il inclut également des soldats morts chez eux, gravement atteints par des maladies telles que la grippe espagnole, mais aussi des hommes ayant succombé aux séquelles de leur maladie. Ainsi, après la guerre, le nombre de soldats morts des suites de leurs blessures s’élève à environ 500 000 tandis que la grippe fit 200 000 morts supplémentaires en France.

Pour redonner un visage humain à ces hommes défigurés, différentes méthodes étaient utilisées. La plupart du temps il n’y avait pas d’opération, et l’ancien soldat portait un masque plus ou moins réussi.

D’autres fois, des greffes de peau étaient effectuées.

Plusieurs méthodes de greffe pouvaient être utilisées : la greffe Dufourmentel et la greffe italienne.

La méthode de greffe Dufourmentel constitue une réponse thérapeutique innovante mais tardive aux délabrements faciaux. Ce n’est qu’au cours de l’année 1918 que le chirurgien Léon Dufourmentel appliqua aux blessés, dont les vastes mutilations étaient jusque là restées sans réponse, cette technique opératoire novatrice.

Blessé avec mutilation partielle de la mâchoire inférieure lui donnant ce profil de « fouine  » .

Le chirurgien découpe une lanière, composée de deux épaisseurs de peau, au sommet du crâne du blessé (la qualité du cuir chevelu étant supérieure à celle du bras) pour assurer ainsi la vitalité du lambeau. Il transpose ensuite le lambeau de manière à réaliser une véritable sangle et le rabat sur la partie mutilée du visage. Ce procédé permet de combler la perte de substance et d’éviter également la rétraction de la greffe.

Et voila, comme si de rien n’était !

Une belle reconstruction du menton.

 

Aspect après section des pédicules du grand lambeau et application d’une lèvre inférieure prélevée sur la muqueuse de la joue.

Les chirurgiens se réapproprièrent le procédé de la greffe  » italienne  » décrite à la fin du XVIe siècle par le chirurgien italien Tagliacozzi, en modifiant plus ou moins sa technique et ses indications. Cette dernière s’appliquait surtout aux pertes de substances tégumentaires peu étendues au niveau du nez et du menton.

Un document d’archive qui montre comment on leur confectionnait des masques.

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